Pierrot, vous le connaissez. D'ailleurs, c'est lui qui présente ce blog depuis sa création. Je ne suis pas experte en manipulations informatiques, mais normalement, vous le voyez sur la droite de votre écran lorsque vous lisez ces lignes. 

C'est que ce n'est pas n'importe qui, Pierrot. Il est très fort, il peut plein de choses, il sait même décrocher la lune, voyez-vous ça ! Il m'a inspiré l'histoire ci-dessous. Comble de bonheur, j'ai eu le plaisir de la lire lors de la soirée musicale et poétique qui s'est tenue à l'Espace 110 d'Illzach (68) ce jeudi 7 décembre. La voici : 

 

- Je pourrais te décrocher la lune, déclara Pierrot.
- Décrocher la lune ? Pour quoi faire ? demanda Colombine.
- Pour faire tomber ce gros nuage qui obscurcit le ciel.
- Mais… C'est que je l'aime bien, moi, mon nuage. Parfois, je monte m'y asseoir pour rêver à des jours meilleurs.
- Ce nuage est gris, Colombine. Il pourrait finir par t'apporter des cauchemars.
- Soit, acquiesça-t-elle. Mais j’y tiens aussi, à la lune. Faut-il vraiment la décrocher ?
- Je la raccrocherai, bien sûr.
- Ne serait-il pas plus simple de fendre le ciel d'un éclair ? Le nuage tomberait de lui-même.
- Ce serait beaucoup plus facile, en effet. Cependant, l'orage mettrait des jours à se dissiper, les dégâts seraient importants.
- D'accord, mais tout de même, toucher à la lune... Et si elle s’éteignait à tout jamais ?
- Hmm, peu probable, répondit Pierrot. 

« De toute manière, réfléchit Colombine, le nuage me cache bien trop souvent le clair de lune. Alors, si elle perdait son éclat, cela ne changerait pas grand-chose. Qu'ai-je à y perdre, à part mes rêves ? » Malgré ses craintes, elle apporta à Pierrot sa grande échelle.

La nuit venue, lorsque Colombine s'endormit, Pierrot monta jusqu'à la lune, la décrocha et la posa avec précaution sur un barreau de l'échelle. Il entra dans le ciel par le trou tout rond qui avait remplacé l'astre brillant.

échelle

Il marcha jusqu'au nuage et l'étira pour le faire sortir par là. Ce n’est rien de l’écrire, mais ce fut très difficile. Par endroits, la brume était mêlée de glace, il fallut la briser. Cela dura presque jusqu'aux premières lueurs de l'aube. Pierrot emprunta le chemin en sens inverse, raccrocha la lune bien à sa place, puis regagna le sol. Du nuage, il ne restait qu'une grande flaque d'eau au pied de l'échelle.

Quand Colombine s'éveilla, elle fut d'abord éblouie par un rayon de soleil. Il faut dire qu'elle n'avait jamais vu le ciel autrement que voilé, parfois blanc, parfois gris, mais jamais tout bleu. Elle se mit rapidement à apprécier la douce chaleur de ce matin d’automne. Il faisait clair, c'était si bon d'être en pleine lumière ! Elle aurait voulu vérifier que la lune n'était pas abîmée mais Pierrot lui dit de patienter jusqu'à la fin du jour, ce qui lui sembla parfaitement logique. En attendant, elle se reposa.

Le soir arriva enfin. Lorsqu'il fit nuit noire, Colombine leva les yeux et fut rassurée : la lune était toujours là, plus belle et bien plus brillante qu'avant. Elle renversa la tête en arrière et vit les étoiles, oui, pour la première fois de sa vie. Oh, comme c'était beau ! Elle n'en revenait pas, la tête lui en tournait. Elle voulut les montrer à Pierrot mais, déjà, il avait disparu. « C'est dommage, pensa-t-elle, mais c'est normal. Il y a tellement de nuages à dissiper... Le mien était gris. D'autres sont noirs, et leurs grêlons sont meurtriers. C'est pour ça que tu as une larme sur la joue. Va, doux Pierrot, mes pensées t'accompagnent. »

A l'aube, elle put voir les traces qu'il avait laissées sur le sol. Elle décida de les suivre, et découvrit ainsi un chemin inconnu, son nouveau chemin. Elle sentit quelque chose de tiède couler sur son visage et comprit que, maintenant, elle aussi avait une larme sous son œil – brillante, transparente. Certes, elle ne décrocha jamais la lune, parce qu'elle ne savait pas lire la carte du ciel. Mais la chaleur du soleil que Pierrot lui avait donnée, elle la redistribua autour d'elle, et en reçut beaucoup en retour : elle entra dans un monde de tendresse. Tout un chacun aimait cette fille qui avait un sourire de lumière aux lèvres et une larme d’empathie sur la joue.

Colombine ne regretta jamais son nuage. De toute façon, elle n'eut plus à s'asseoir pour rêver à des jours meilleurs, ils arrivèrent très vite ! 

 

Cette histoire est dédiée aux Pierrot, aux Pierrette, mais aussi aux Colombine, aux nuages, aux lunes, aux étoiles, au ciel et à la carte du ciel. 

Dessin inspiré par l'éclipse totale de lune du 28 septembre 2015.